Interview du M. Jean-Marie FURBRINGER, enseignant à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne :

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Interview du M. Jean-Marie FURBRINGER, enseignant à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne : « Il y a beaucoup de choses à faire c’est évident mais on voit des tas de gens très motivés et je pense que l’Université ira de l’avant, de même que le pays, dans la mesure où les leaders prennent conscience de cette énergie, de cette bonne volonté de plein de gens d’aller de l’avant et que parfois avec des moyens rudimentaires les gens font des choses de bonne qualité. Je n’ose pas imaginer ce qui va se passer quand ils auront des moyens standards… ça va donner des choses encore plus extraordinaires.

Qui est le Pr Jean-Marie FURBRINGER?

Bon premièrement je ne suis pas Professeur, chez nous, les Professeurs ce sont des chefs d’unité. Je suis un enseignant du département de Physiques de l’EPFL et coordinateur des MOOCs de Physiques depuis 2 ans.

Quelles sont les raisons qui ont poussé l’EPFL à se lancer dans les MOOCs ?

L’EPFL s’est toujours intéressé à utiliser des méthodes pédagogiques qui soient en réseau, efficaces et à jour et c’est vrai que les MOOCs offrent des choses intéressantes… Le fait qu’un professeur explique son cours dans une vidéo offre la possibilité d’une part à l’étudiant d’avoir accès à tout moment au cours, si il a été absent ou n’a pas bien compris. D’autre part, à travers ceux-ci, on peut montrer l’excellence de notre école, le niveau de nos cours, ce qu’est un cours à l’EPFL. Par ailleurs, il y a également la volonté du président de l’EPFL à aider les universités africaines à avoir du matériel, de l’expérience… donc voilà un peu ce qu’il y a à dire.

Quelle est la quantité de travail nécessaire pour produire un MOOC ?

Commençons par faire un calcul rapide. Déjà il faudrait commencer par enregistrer toutes les vidéos. Pour un cours d’une dizaine d’heures, il faut 30 à 40 heures de préparation c.-à-d. la préparation du matériel et l’entraînement du professeur ; 40 à 50 heures juste pour l’enregistrement ; pour monter le cours environ 10 heures. Il faudrait également compter 1h pour la préparation d’un exercice. Pour un cours de 10 heures, il faut environ 50 exercices donc 50 heures environ. Donc vous vous rendez compte que pour produire un cours de 10 heures, il faut quelque chose comme 300 heures, j’ai compté beaucoup d’autres choses qui sont nécessaires. Là on ne compte pas les MOOCs collaboratifs où il faut beaucoup de coordination, ou encore l’entraînement des profs. Pour que cela vaille la peine, il faudrait qu’on multiplie le nombre de participants aux cours normaux par au moins 6 pour les MOOCs

Quels sont les différents acteurs qui entrent dans la production d’un MOOC ?

Il y a l’enseignant, le spécialiste du studio qui s’occupe des caméras et du son, un monteur, un spécialiste de la plateforme où sera placé le cours, éventuellement un coordinateur, et enfin moi ou deux autres personnes qui vont suivre les cours, les exercices, les programmer ainsi que les réponses automatiques et les résolutions… Je pense que là on a quasiment tout.

Compte tenu du fait que les MOOCs soient libres et gratuits pour la majorité, qu’est-ce qui motive l’EPFL à investir en temps et en argent dans la production de ces MOOCs ?

Parce que déjà c’est une ressource supplémentaire pour nos étudiants, après c’est clair qu’il y a un aspect d’excellence pour notre école, y a un interêt de promotion, ça permet de montrer la qualité de ce qui est offert comme formation à l’EPFL. Il y a aussi l’interêt de collaborer avec d’autres universités qui sont, soit des universités qui ont une excellence comparable, soit celles qui ont besoin d’améliorer leur excellence. Et on est content au niveau académique d’aider des universités à augmenter la qualité de leurs enseignements.

Comment et pourquoi avoir choisi l’ENSP pour vous accompagner dans la production de certains MOOCs à l’instar du MOOCs de thermodynamique ?

L’ENSP est un partenaire de l’EPFL dans le cadre du réseau RECIF qui est un réseau qui réunit les universités francophones. Il était donc intéressant de travailler avec nos partenaires. Il y avait des personnes comme Paul Salomon NGOHE-KAM, André TALLA, Théophile MBANG,  Mme BOYOMO qui étaient motivées à faire quelque chose avec nous. Et voilà c’est comme ça que la collaboration a démarré. On a aussi eu à collaborer avec d’autres universités du réseau comme Polytechnique de Montréal, l’Université Catholique de Louvain, l’Université Saint-Joseph au Liban… Donc on a travaillé avec chacune de ces universités pour faire des MOOCs.

S’il fallait noter sur 10, les résultats produits par l’ENSP face à vos attentes envers elle concernant les MOOCs, quelle note lui attribuerez-vous ?

Non je ne peux pas me prononcer parce qu’on n’est pas du tout dans une situation d’évaluation sur 10. Ce n’est pas possible de parler comme ça. Il y a eu des choses qui étaient difficiles à faire, la coordination entre les enseignants, ce n’est pas facile, ça prend du temps. Si la note n’ est  pas sensée qualifier le travail de collaboration mais l’apprentissage par les enseignants de l’ENSP pour faire des MOOCs, alors on pourra donner la note lorsqu’ils auront fait leurs MOOCs produits en ENSP. A mon avis ils sont très proches de le faire. Il me semble qu’il y a beaucoup d’éléments techniques qui sont prêts, je veux dire pour monter un studio. Si j’ai bien compris c’est en train de se faire, du moins il y a un projet pour le faire. Je me refuse à donner une note comme ça. Qui suis-je pour donner une note ? Par contre je pense que ça a été fructueux autant pour eux que pour nous.

Vous êtes ici dans le cadre de la préparation du MOOCs collaboratif de thermodynamique, quelle est justement la finalité de cette préparation ?

le MOOC  a fini d’être enregistré donc il est un peu trop tard pour les ajustements. L’enjeu était de discuter, de faire le bilan d’un certain nombre de choses. Moi je suis surtout venu pour donner mon cours de plan d’expérience. C’est ça la motivation principale et peut être de voir comment le MOOC est utilisé, par qui il est utilisé. Il y a aussi le fait d’échanger avec les enseignants à propos de la plate-forme Coursera, d’apprendre les uns des autres afin d’en tirer le meilleur profit possible.

Pensez-vous que L’ENSP puisse accompagner l’EPFL dans la production des autres MOOcs comme ceux de l’informatique ?

J’en ai aucune idée mais je ne vois pas pourquoi non. Vous savez, moi je fonctionne avec le principe que deux personnes sont toujours plus intelligentes qu’une seule des deux. Donc il y a toujours quelque chose à apprendre de la collaboration.

Comment voyez-vous votre collaboration avec l’ENSP dans le futur ?

On va continuer à collaborer sur la méthodologie des plans d’expérience avec André TALLA et avec d’autres enseignants du réseau qui s’y intéressent pour développer un cours de planification d’expérience qui à ma connaissance n’existe pas ni à l’Université ni à Polytechnique. C’est un cours qu’on trouve suffisamment important pour les ingénieurs. Il s’agirait de former des enseignants camerounais pour qu’ils puissent donner ce cours dans différentes universités et pourquoi pas faire un MOOC. Ce sont là des projets qu’on dispose.

S’il vous était demandé de dire quelque chose sur les MOOCs au président de la république du Cameroun, que diriez-vous ?

Que probablement l’urgence première est la bande passante. Le fait que la bande passante ne soit pas si haute que ça ne permet pas d’exploiter les possibilités d’un monde numérique. Je ne suis pas un expert en économie numérique, mais si j’avais quelque chose à dire au Président de la République, c’est qu’il a des citoyens très motivés d’aller de l’avant et d’entrer dans le 21ème siècle et que malheureusement ce problème de bande passante freine ce qui pourrait être fait.

D’après nos dernières informations, vous avez donnez cours aux élèves du Génie Mécanique, comment les trouvez-vous ?

Je trouve qu’ils sont très motivés. Mon cours est assez difficile donc ils ont bien pédalé, c’était pas très facile pour eux. Mais je trouve qu’ils s’en sont bien sortis, ils ont posé des questions intelligentes, ils ont vraiment essayé de tirer profit. Par contre je trouve qu’ils ne sont pas vraiment aidés par un environnement qui n’est pas si facile que ça, les salles de manière sonore ne sont pas très agréables, il y a beaucoup de bruit, et ce n’est pas facile autant pour les étudiants que pour les enseignants de donner un cours. Les salles sont aussi très petites par rapport au nombre d’étudiants. Mais eux-mêmes, les étudiants, je les ai trouvé très motivés, travailleurs, sympathiques et j’ai eu beaucoup de plaisir à interagir avec eux. Je suis aussi très reconnaissant aux enseignants qui ont bien voulu déplacer leurs cours pour que je donne le mien. Je réjouis de revenir donner ce cours.

Un dernier mot à adresser aux lecteurs ?

C’était un plaisir vraiment de venir au Cameroun. C’était ma première fois de venir ici. Il y a beaucoup de choses à faire c’est évident mais on voit des tas de gens très motivés et je pense que l’Université ira de l’avant, de même que le pays, dans la mesure où les leaders prennent conscience de cette énergie, de cette bonne volonté de plein de gens d’aller de l’avant et que parfois avec des moyens rudimentaires les gens font des choses de bonne qualité. Je n’ose pas imaginer ce qui va se passer quand ils auront des moyens standards… ça va donner des choses encore plus extraordinaires.

 

Interview mené par MBIDA Marc Anthony 4GI et Daouda Rahimatou 3GI

Post Author: Team Hello World